En bref
- Le crapaud commun est un prédateur nocturne opportuniste : limaces, escargots, cloportes, larves, chenilles. On cite couramment plusieurs dizaines de proies par nuit en pleine saison.
- Il ne donne pas de verrues, ne crache pas de venin et ne cherche aucun contact. Sa peau sécrète une substance irritante, qui se lave à l'eau.
- C'est une espèce protégée en France : on ne le déplace pas, on ne le détruit pas, on lui laisse un coin d'ombre et un tas de bois.
Ce qui se passe vraiment
Le crapaud commun est un chasseur nocturne à l’affût. Il ne poursuit pas : il attend, immobile, et projette sa langue sur tout ce qui bouge à sa portée et qui tient dans sa bouche. Son régime est opportuniste : cloportes, coléoptères, fourmis, araignées, chenilles, vers — et limaces et escargots, dont il est l’un des rares prédateurs réguliers dans un jardin.
Les ordres de grandeur cités en pleine saison tournent autour de plusieurs dizaines de proies par nuit, parfois davantage pour un gros individu dans un jardin riche. À l’échelle d’un potager, c’est une pression de prédation que ni les granulés ni les barrières ne reproduisent — et qui s’exerce précisément quand les limaces sortent, c’est-à-dire la nuit et par temps humide.
Il faut aussi défaire ce que la légende lui reproche. Il ne donne pas de verrues — celles-ci sont dues à des virus humains. Sa peau sécrète bien une substance irritante, défense chimique contre les prédateurs : elle pique les muqueuses, elle peut rendre un chien très malade s’il mord l’animal, mais elle se rince à l’eau et ne traverse pas une peau saine. Il ne saute pas à la figure, ne mord pas, et sa seule stratégie face au danger est de se gonfler et d’attendre que ça passe.
D’où ça vient
D’une observation paysanne parfaitement fondée. On savait que les crapauds mangeaient ce qui mangeait les cultures, et certaines régions les protégeaient activement, allant jusqu’à en installer dans les jardins clos et les serres. Ce savoir-là est ancien, précis, et il n’a jamais été démenti.
Ce qui est remarquable, c’est qu’il ait coexisté pendant des siècles avec une détestation tout aussi vive. Le crapaud est l’animal du sabbat, du poison, du sortilège ; sa peau verruqueuse et son immobilité en ont fait une figure de laideur et de danger dans tout le folklore européen. Beaucoup de gens l’ont donc protégé au potager tout en le tenant pour maléfique — et beaucoup d’autres l’ont tué à vue.
C’est un des cas où la croyance utile et la croyance nuisible ont vécu côte à côte sans se gêner.
Ce qu’il faut en garder
Tout, et il y a urgence : les populations d’amphibiens s’effondrent partout en Europe, sous l’effet de la disparition des mares, de la circulation routière et des traitements.
Concrètement, pour l’accueillir : laissez-lui un abri frais — un tas de pierres, une souche, une planche posée à même le sol dans un coin d’ombre —, un point d’eau sans poissons pour la reproduction de printemps, et des bordures non tondues où il puisse circuler.
Et surtout, supprimez les granulés anti-limaces au métaldéhyde : ils empoisonnent les prédateurs qui mangent les limaces intoxiquées, donc ils éliminent précisément l’allié que vous cherchiez. Si vous devez traiter, le phosphate de fer est nettement moins nocif pour la faune.
Toutes les espèces d’amphibiens sont protégées en France : on ne les déplace pas, on ne les capture pas.
Voir aussi : le ver de terre coupé en deux et la chauve-souris.
Questions fréquentes
Le crapaud donne-t-il des verrues ?
Non. Les verrues humaines sont causées par des papillomavirus, qui n'existent pas chez le crapaud. Sa peau produit en revanche une sécrétion irritante pour les muqueuses : il suffit de se laver les mains après l'avoir touché, et de ne pas le laisser en bouche d'un chien.
Comment l'accueillir dans un jardin ?
Un abri frais et sombre — tas de pierres, souche creuse, planche posée au sol —, un point d'eau sans poisson pour la reproduction au printemps, et surtout aucun granulé anti-limaces : le métaldéhyde tue aussi ses prédateurs.
Sources et méthode
- Régime alimentaire de Bufo bufo : prédation nocturne d'invertébrés terrestres, gastéropodes inclus, en fonction de la disponibilité.
- Statut réglementaire des amphibiens en France : espèces protégées, destruction et perturbation interdites.