En bref

  • Toutes les espèces de chauves-souris ont des yeux fonctionnels. Les grandes espèces frugivores voient très bien ; les petites insectivores voient correctement et ajoutent l'écholocation.
  • L'écholocation détecte des fils de quelques centièmes de millimètre : une tête humaine est, pour elles, un obstacle énorme et parfaitement visible.
  • Le vol erratique qu'on prend pour de l'aveuglement est une poursuite d'insectes, qui ne volent pas droit non plus.

Ce qui se passe vraiment

Aucune chauve-souris n’est aveugle. Pas une seule espèce, sur plus de mille quatre cents décrites.

Les grandes chauves-souris frugivores — les roussettes, dont l’envergure atteint parfois un mètre cinquante — ont même une excellente vision, adaptée à la pénombre, et la plupart ne pratiquent pas l’écholocation du tout : elles se repèrent à la vue et à l’odorat, comme nous le ferions.

Les petites espèces insectivores de nos régions, elles, voient correctement. Leur vision est simplement moins utile que leur sonar pour attraper un moucheron dans le noir absolu : dans ce contexte précis, l’écho est un meilleur outil que l’image. Elles utilisent d’ailleurs la vue pour la navigation à longue distance, l’orientation au crépuscule et la reconnaissance des gîtes.

Quant à l’idée qu’elles s’emmêlent dans les cheveux : c’est le contraire exact de leurs capacités. L’écholocation détecte expérimentalement des fils de quelques centièmes de millimètre, plus fins qu’un cheveu. Une tête humaine, pour un sonar de cette finesse, est un mur. Aucun cas documenté ne rapporte une chauve-souris volontairement accrochée à une chevelure.

D’où ça vient

De trois malentendus superposés.

Le vol. Une chauve-souris en chasse ne vole pas droit : elle pique, vire, remonte, repart — parce qu’elle suit un insecte, qui ne vole pas droit non plus. Pour un observateur au sol, cette trajectoire désordonnée ressemble à celle d’un animal qui ne voit rien.

La proximité. Les soirs d’été, les moustiques et les papillons s’agglutinent autour des lampes et des humains. Les chauves-souris viennent y chasser, donc elles passent près de nos têtes, parfois à quelques dizaines de centimètres. Elles ne nous approchent pas : elles approchent notre nuage de moustiques.

La symbolique. L’animal nocturne, lié dans l’imaginaire européen à la nuit, au diable et plus tard au vampire, a accumulé des attributs négatifs dont la cécité n’est qu’un parmi d’autres. L’expression « aveugle comme une chauve-souris » est attestée en anglais depuis le XVIe siècle, bien avant qu’on sache ce qu’était l’écholocation — découverte seulement dans les années 1930.

Ce qu’il faut en garder

Rien de la légende, et beaucoup de sympathie pour l’animal. Une pipistrelle commune — la plus répandue de nos villes, qui tient dans une boîte d’allumettes — consomme plusieurs milliers d’insectes par nuit, moustiques compris. C’est un allié d’été.

Toutes les espèces sont protégées par la loi en France : on ne détruit pas un gîte, on ne bouche pas une chatière à chauves-souris sous une toiture pendant la saison de reproduction.

Une seule précaution sérieuse : ne jamais manipuler une chauve-souris à mains nues, à cause du risque de rage transmis par morsure. Si vous en trouvez une au sol, un gant, une boîte percée, et un appel à un centre de sauvegarde.

Voir aussi : l’autruche et le crapaud du jardin.

Questions fréquentes

Pourquoi semblent-elles foncer sur nous, alors ?

Parce que nous attirons les moustiques et les papillons de nuit, surtout près d'une lampe. La chauve-souris chasse ce nuage d'insectes : elle vient vers eux, donc vers nous, et repart aussitôt. Elle ne nous a jamais visés.

Sont-elles dangereuses ?

Elles ne cherchent aucun contact et sont protégées par la loi en France. Le seul vrai risque, la rage, passe par une morsure : on ne manipule jamais une chauve-souris à mains nues, et on appelle un centre de soins si l'on en trouve une au sol.

Sources et méthode

  • Anatomie et physiologie visuelle des chiroptères : toutes les espèces possèdent des yeux fonctionnels ; les Pteropodidae ont une acuité élevée et ne pratiquent pas l'écholocation laryngée.
  • Travaux sur la résolution de l'écholocation : détection expérimentale de fils métalliques de l'ordre de 0,05 à 0,2 mm de diamètre.