En bref

  • La tête représente environ 7 à 10 % de la surface du corps et en perd à peu près autant : une part, pas quatre-vingts pour cent.
  • Le chiffre vient d'un essai militaire des années 1950 où les volontaires étaient habillés de la tête aux pieds, sauf la tête. Forcément, la chaleur sortait par là.
  • Le bonnet reste une bonne idée : la tête est souvent la seule partie nue, et elle est mal vascularisée pour se défendre.

Ce qui se passe vraiment

Le corps perd sa chaleur par la peau, et grosso modo en proportion de la surface exposée. La tête d’un adulte, c’est entre 7 et 10 % de cette surface. Elle en perd donc à peu près 7 à 10 %, et non quatre-vingts.

Il y a bien quelques nuances. Le cuir chevelu est richement vascularisé, et surtout ses vaisseaux se contractent moins que ceux des mains ou des pieds quand il fait froid : le corps sacrifie volontiers ses extrémités pour protéger son cœur, mais il ne restreint pas de la même façon l’irrigation du crâne. À surface égale, la tête perd donc un peu plus qu’un avant-bras. Un peu. Pas huit fois plus.

Et puis il y a la sensation, qui est réelle : le visage et le crâne sont truffés de récepteurs au froid. Sortir tête nue donne froid bien avant de faire perdre de la chaleur. Comme souvent, la croyance décrit correctement ce qu’on ressent, et se trompe en expliquant pourquoi.

D’où ça vient

D’un essai militaire, et d’une lecture trop rapide.

Dans les années 1950, l’armée américaine teste ses combinaisons arctiques : des volontaires sont exposés au grand froid, équipés de la tête aux pieds — sauf la tête. On mesure alors que l’essentiel de la déperdition passe par la seule zone découverte. Le résultat est exact, et parfaitement inutilisable tel quel : il ne dit rien de la tête en particulier, il dit qu’un corps perd sa chaleur là où il est nu. La même expérience menée en laissant une jambe à l’air aurait donné une jambe responsable de quatre-vingts pour cent des pertes.

Le chiffre a ensuite migré des manuels de survie vers les conseils de santé publique, puis vers les mères de famille, en perdant en route la seule information qui comptait : l’habillement des sujets. C’est un cas d’école de donnée juste rendue fausse par l’oubli de son protocole.

Ce qu’il faut en garder

Le conseil, entièrement. L’explication, pas du tout.

Mettez le bonnet. Non parce que la tête serait une passoire, mais parce qu’elle est presque toujours la seule partie de vous qui soit nue quand il fait froid, et que couvrir la zone découverte est exactement le bon réflexe. C’est aussi la raison pour laquelle un col, une écharpe ou des gants font autant de bien : ils couvrent la peau qui restait dehors.

Une exception qui vaut d’être connue : chez le nourrisson, la tête représente une fraction bien plus grande de la surface du corps. Le bonnet des premiers jours n’est pas une superstition de maternité.

Voir aussi : sortir les cheveux mouillés fait-il attraper froid et marcher pieds nus rend-il malade.

Questions fréquentes

Alors le bonnet ne sert à rien ?

Si. La tête ne perd pas plus que sa part de surface, mais elle est presque toujours la partie découverte, et la peau du crâne ne se contracte pas comme celle des mains pour limiter les pertes. Couvrir la seule zone nue reste le geste le plus rentable.

Et les bébés ?

Chez le nourrisson, la tête pèse beaucoup plus lourd dans la surface corporelle que chez l'adulte — jusqu'à 20 %. Le bonnet de naissance n'est donc pas un ornement : là, la règle se rapproche vraiment de la croyance.

Sources et méthode

  • Manuel de survie de l'armée américaine des années 1950, à l'origine du chiffre : les sujets étaient équipés de combinaisons arctiques intégrales, tête découverte.
  • Analyses physiologiques ultérieures : la déperdition thermique est approximativement proportionnelle à la surface de peau exposée, sans zone privilégiée.