En bref
- La gomme de base n'est effectivement pas digérée : aucune de nos enzymes ne sait la couper.
- Mais ne pas être digéré n'est pas rester : elle est poussée le long de l'intestin comme un noyau d'olive, et ressort en un à trois jours.
- Le seul vrai risque connu est l'occlusion, chez de jeunes enfants qui en avalent beaucoup, très régulièrement. C'est rare et cela suppose des quantités.
Ce qui se passe vraiment
La croyance repose sur une prémisse exacte. La base de gomme — la partie élastique qu’on garde en bouche une fois le sucre parti — est un assemblage de polymères, cousins du caoutchouc. Nos enzymes savent couper des protéines, des amidons, des graisses. Elles ne savent pas couper cela. Le chewing-gum n’est donc, en effet, pas digéré.
Sauf que ne pas être digéré, ce n’est pas rester. L’intestin n’est pas un sac où s’accumulerait ce qu’il n’arrive pas à traiter : c’est un tuyau musculaire qui pousse son contenu vers la sortie, digéré ou non. Un noyau de cerise, un grain de maïs, un morceau de gomme : tout ce qui n’est pas absorbé est convoyé et évacué, généralement en un à trois jours.
Le seul cas problématique documenté est celui du bézoard : une masse compacte formée quand on avale de grandes quantités de matière non digestible, très régulièrement. La littérature médicale en rapporte quelques cas chez de jeunes enfants gros consommateurs, parfois associés à d’autres corps étrangers. C’est réel, c’est rare, et cela n’a rien à voir avec le chewing-gum avalé par inadvertance au collège.
D’où ça vient
Le mystère n’est pas dans le « ça ne se digère pas » — qui est vrai et facile à constater — mais dans le sept.
Sept est un nombre d’avertissement. On le retrouve dans les sept ans de malheur du miroir brisé, dans les sept ans de réflexion, dans les sept plaies : c’est le chiffre que la culture populaire emploie quand elle veut dire « longtemps, et ne me demandez pas de compter ». Aucune mesure, aucune observation, aucun manuel n’a jamais produit ce délai. Il est là parce qu’il sonne juste.
Reste la fonction du conseil, qui elle est très claire : c’est une phrase d’adulte fatigué d’un enfant qui avale ses chewing-gums. Comme la menace de l’arthrose pour les doigts qui craquent, elle sert moins à informer qu’à faire cesser.
Ce qu’il faut en garder
Rien à craindre pour l’enfant qui en a avalé un : ce n’est pas un incident médical, il n’y a rien à surveiller.
Deux réserves, en revanche, qui ne sont pas celles de la légende. Chez les très jeunes enfants, un chewing-gum est d’abord un risque d’étouffement, ce qui est un tout autre sujet et un vrai. Et à haute dose, les gommes sans sucre riches en polyols — sorbitol, xylitol — sont laxatives : quelques paquets dans la journée se remarquent, mais par l’autre bout.
Voir aussi, dans la même rubrique : l’eau froide et le fromage.
Questions fréquentes
Est-ce dangereux d'en avaler un de temps en temps ?
Non. Un chewing-gum avalé accidentellement suit le trajet des aliments et ressort. Les rares cas publiés concernent des enfants qui en avalaient plusieurs par jour pendant des mois, et souvent en même temps que d'autres objets.
Pourquoi la gomme résiste-t-elle si bien ?
Parce que sa base est un mélange de polymères élastiques, une matière de la même famille que le caoutchouc. Le sucre, les arômes et les adoucissants sont dissous en quelques minutes ; ce qui reste dans la bouche est précisément la partie que rien, en nous, ne sait attaquer.
Sources et méthode
- Composition des gommes à mâcher : base insoluble à base de polymères, non attaquée par les enzymes digestives humaines.
- Milov, Andrews et Tarshis, « Chewing gum bezoars of the gastrointestinal tract », Pediatrics, 1998 — trois cas pédiatriques, tous liés à une ingestion massive et répétée.