En bref

  • Le bruit est une bulle de gaz qui se forme dans le liquide synovial quand on écarte brusquement les surfaces de l'articulation. Rien ne frotte, rien ne s'use.
  • Les études menées sur des personnes qui craquent leurs doigts depuis des décennies ne trouvent pas plus d'arthrose que chez les autres.
  • Un médecin américain s'est fait craquer les doigts d'une seule main pendant plus de cinquante ans pour comparer : aucune différence entre ses deux mains.

Ce qui se passe vraiment

Les articulations des doigts sont enfermées dans une capsule remplie de liquide synovial, un lubrifiant visqueux qui contient des gaz dissous, comme une eau gazeuse contient son dioxyde de carbone. Quand on tire ou qu’on plie brusquement le doigt, on écarte les deux surfaces articulaires. Le volume de la capsule augmente d’un coup, la pression y chute, et les gaz dissous ne tiennent plus en solution : une cavité se forme. Le claquement, c’est cela.

L’imagerie par résonance magnétique en temps réel l’a montré en 2015 : on voit la cavité apparaître à l’instant exact du bruit. Aucun os ne frotte, aucun cartilage ne s’écrase. Et si l’on ne peut pas refaire craquer la même articulation tout de suite, c’est simplement que le gaz doit se redissoudre avant de pouvoir remousser — une vingtaine de minutes.

L’arthrose, elle, est une usure du cartilage. Elle se joue sur des décennies, sous l’effet de contraintes mécaniques répétées, de la génétique, de l’âge, parfois d’anciennes fractures. Le mécanisme n’a aucun point de contact avec une bulle de gaz.

Reste la question honnête : et si on regardait, plutôt que de raisonner ? C’est ce qu’a fait un médecin californien, Donald Unger. Pendant plus de cinquante ans, il s’est fait craquer les doigts de la main gauche uniquement, au moins deux fois par jour, en laissant la droite tranquille. Résultat publié en 1998 : aucune arthrose, d’aucun côté, aucune différence entre les deux mains. L’expérience lui a valu un prix Ig Nobel, et elle vaut mieux que sa réputation — c’est exactement le protocole qu’il fallait.

D’où ça vient

Le bruit, tout est dans le bruit. Un craquement sec évoque irrésistiblement quelque chose qui cède : une branche, un os, un meuble. L’oreille conclut avant le raisonnement, et elle conclut mal. Ajoutez que le geste est fait machinalement, souvent par agacement ou par ennui, et qu’il agace terriblement l’entourage : la menace de l’arthrose est une arme éducative commode, et elle a probablement prospéré pour cette raison autant que pour une autre.

Il y a une part de vérité dans l’intuition, mais elle est ailleurs : certaines habitudes articulaires sont nocives. Forcer une articulation en butée, la faire craquer en tirant très fort, répéter le geste des dizaines de fois par heure peut à la longue distendre les ligaments et provoquer un léger gonflement des doigts. Ce n’est pas de l’arthrose, mais ce n’est pas rien.

Ce qu’il faut en garder

Vous pouvez continuer. Ce que vous risquez, ce n’est pas votre cartilage, c’est la patience de vos voisins de bureau.

Deux réserves tout de même. Ne forcez jamais une articulation qui résiste : le craquement doit venir tout seul, pas s’arracher. Et un craquement douloureux, accompagné d’un gonflement ou d’un blocage, n’appartient pas à cette fiche : c’est un signe, il se montre à un médecin.

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Questions fréquentes

Pourquoi faut-il attendre avant de pouvoir refaire craquer la même articulation ?

Parce que le gaz mis en bulle doit se redissoudre dans le liquide articulaire avant qu'une nouvelle bulle puisse se former. Cela prend une vingtaine de minutes. C'est d'ailleurs un bon indice que le phénomène est gazeux et non osseux.

Un craquement douloureux, c'est grave ?

Un craquement qui fait mal, qui s'accompagne d'un gonflement ou qui bloque l'articulation n'a rien à voir avec le craquement volontaire des doigts. Celui-là mérite un avis médical : c'est un symptôme, pas une habitude.

Sources et méthode

  • Donald Unger, « Does knuckle cracking lead to arthritis of the fingers ? », Arthritis & Rheumatism, 1998 — auto-expérience sur cinquante ans, une main seulement, distinguée par un prix Ig Nobel en 2009.
  • Kawchuk et al., « Real-time visualization of joint cavitation », PLOS ONE, 2015 — imagerie par résonance magnétique du craquement : le bruit coïncide avec la formation d'une cavité gazeuse.