En bref

  • Les repères officiels parlent d'environ 2 à 2,5 L d'eau par jour toutes sources confondues — et 20 à 30 % viennent des aliments.
  • Reste donc, pour un adulte sédentaire en climat tempéré, de l'ordre de 1,3 à 1,8 L de boisson. Café et thé comptent.
  • Le besoin varie énormément : chaleur, effort, fièvre, allaitement peuvent le doubler. Un chiffre unique ne peut pas être juste pour tout le monde.

Ce qui se passe vraiment

Le besoin en eau est parfaitement réel. C’est le chiffre unique qui ne l’est pas.

Les repères européens tournent autour de 2 litres par jour pour une femme et 2,5 pour un homme — mais il s’agit de l’eau totale, toutes sources confondues. Or une part importante vient de ce qu’on mange : une soupe, c’est presque de l’eau ; une pomme, 85 % ; un yaourt, 80 % ; même un steak en contient plus de la moitié. Selon l’alimentation, l’assiette fournit 20 à 30 % du total. Ce qu’il reste à boire tourne donc plutôt autour de 1,3 à 1,8 litre, café, thé et tisanes compris.

Et surtout, ce besoin n’est pas une constante. Il monte fortement avec la chaleur, l’effort, l’altitude, la fièvre, l’allaitement ; il descend chez une personne peu active dans un appartement frais. Prescrire deux litres à tout le monde, c’est prescrire la même pointure à tout le monde.

Le corps, lui, dispose d’un instrument de mesure remarquable : la soif. Contrairement à ce qu’on répète, elle ne se déclenche pas trop tard : les osmorécepteurs de l’hypothalamus réagissent à une variation de concentration du sang de l’ordre de 1 à 2 %, bien avant tout retentissement réel. Chez un adulte en bonne santé, boire quand on a soif suffit.

D’où ça vient

De la règle américaine des « huit verres de huit onces », soit à peu près 1,9 litre. Un physiologiste, Heinz Valtin, a cherché en 2002 la source scientifique de cette règle : il ne l’a pas trouvée. La piste la plus probable remonte à une recommandation américaine de 1945 qui indiquait environ 2,5 litres par jour — en précisant explicitement que la plus grande partie était contenue dans les aliments. La précision a sauté, le chiffre est resté, et il a fait une carrière mondiale.

L’industrie de l’eau en bouteille, elle, n’a évidemment rien fait pour rectifier.

Ce qu’il faut en garder

Buvez régulièrement, écoutez votre soif, et surveillez la couleur de vos urines plutôt qu’un compteur : jaune pâle et abondantes, tout va bien.

Deux populations font exception et méritent une vraie vigilance : les personnes âgées, chez qui la sensation de soif s’émousse réellement avec l’âge, et les jeunes enfants en période de chaleur. Là, il faut proposer à boire sans attendre la demande.

Enfin, l’excès existe aussi. Forcer plusieurs litres en peu de temps, notamment pendant un effort d’endurance, peut diluer le sodium sanguin et provoquer une hyponatrémie, qui est une urgence. Le compteur à deux litres a fait plus de mal par obsession que par oubli.

Voir aussi : attendre trois heures avant de se baigner.

Questions fréquentes

Le café et le thé déshydratent-ils ?

Non, aux doses habituelles. La caféine a un léger effet diurétique, mais il ne compense pas le volume de liquide apporté par la tasse. Un café reste un apport net d'eau.

Comment savoir si je bois assez ?

La couleur des urines est le repère le plus simple : jaune pâle, c'est bon ; foncé et peu abondant, il faut boire. Et chez l'adulte en bonne santé, la soif suffit — c'est un capteur précis, pas un signal d'alarme tardif.

Sources et méthode

  • Repères d'apports hydriques de l'EFSA : environ 2 L par jour pour les femmes et 2,5 L pour les hommes, toutes sources confondues, aliments inclus.
  • Heinz Valtin, « Drink at least eight glasses of water a day. Really ? », American Journal of Physiology, 2002 — recherche infructueuse d'une source scientifique à la règle des huit verres.