En bref

  • Un rhume est une infection des voies respiratoires : il n'y a aucune voie d'entrée par la plante des pieds.
  • Le froid ressenti aux pieds est une vraie sensation d'inconfort, et un refroidissement général peut marginalement faciliter une infection déjà en cours. Le pied nu, à l'intérieur, ne refroidit pas grand-chose.
  • La marche pieds nus est au contraire recommandée chez le jeune enfant : elle développe la musculature du pied et les informations sensorielles de l'équilibre.

Ce qui se passe vraiment

Il faut poser la question dans le bon sens : par où entre un rhume ? Par le nez, la bouche et les yeux, sous forme de gouttelettes ou par les mains portées au visage. La peau saine, y compris celle de la plante des pieds, est une barrière que les virus respiratoires ne franchissent pas. Il n’existe aucune voie anatomique reliant la plante du pied aux voies aériennes.

Reste la question du refroidissement, qui est le fond de vérité de toute cette famille de croyances — voir la fiche sur les cheveux mouillés. Un refroidissement général du corps diminue transitoirement les défenses de la muqueuse nasale, et peut donc faciliter l’installation d’un virus déjà inhalé. Mais un enfant pieds nus sur le parquet d’un appartement chauffé ne subit pas de refroidissement général : il a les pieds frais, ce qui est une sensation, pas un état physiologique.

À l’inverse, la marche pieds nus a des effets positifs mesurables chez l’enfant. Le pied d’un jeune enfant est une structure en construction : musculature intrinsèque, voûte plantaire, proprioception. Marcher pieds nus sur des surfaces variées sollicite tout cela. Les comparaisons entre populations habituellement chaussées et habituellement déchaussées montrent des différences en faveur des secondes sur la force du pied et la stabilité.

D’où ça vient

De la même grammaire médicale que le reste : froid = maladie. Elle est ancienne, elle imprègne la langue — « prendre froid », « un refroidissement » —, et elle désigne les extrémités comme portes d’entrée parce que ce sont elles qu’on sent refroidir en premier.

Il y a aussi un contexte matériel qu’il ne faut pas oublier : dans des maisons aux sols de terre battue, de tomettes ou de carreaux froids, mal chauffées, avec une seule pièce à feu, avoir les pieds nus était réellement inconfortable et contribuait à un refroidissement global. La consigne était adaptée à des logements qui n’existent plus.

Et il faut compter la part éducative, qui n’est jamais absente de ces phrases : « mets tes chaussons » est aussi une consigne d’ordre et de propreté, à laquelle l’argument de santé donne du poids.

Ce qu’il faut en garder

Pas grand-chose de l’interdit, et une recommandation inverse : laissez les jeunes enfants marcher pieds nus à l’intérieur, et dehors sur l’herbe ou le sable quand c’est possible. C’est bon pour leur pied, et c’est agréable.

Les vraies précautions sont ailleurs, et elles sont précises :

En milieu collectif humide — vestiaires, douches, plages de piscine —, les claquettes sont justifiées : c’est là que circulent les mycoses et le papillomavirus des verrues plantaires. Celui-là, contrairement au rhume, se transmet bien par le pied.

Dehors, le risque est mécanique : verre, épines, échardes, et brûlure sur un sol chaud l’été.

Et pour le confort : si l’enfant a réellement froid, il le dira. Des pieds frais ne sont pas des pieds froids.

Voir aussi : la poussée dentaire et les 80 % de chaleur par la tête.

Questions fréquentes

Et les chaussures à semelle rigide pour apprendre à marcher ?

L'idée que le pied du jeune enfant a besoin d'être maintenu est aujourd'hui abandonnée. Les podologues recommandent au contraire le pied nu ou des chaussons très souples à l'intérieur : c'est en travaillant que le pied se forme.

Y a-t-il des endroits où il vaut mieux se chausser ?

Oui : les vestiaires, les douches collectives et les plages de piscine, où circulent les mycoses et le virus des verrues plantaires. Des claquettes règlent la question. Dehors, le risque est mécanique — verre, épines — et non infectieux.

Sources et méthode

  • Physiopathologie des infections respiratoires : transmission par gouttelettes et contact manuporté, sans voie d'entrée cutanée plantaire.
  • Travaux de podologie pédiatrique comparant le développement du pied chez les enfants habituellement chaussés et habituellement déchaussés.