En bref

  • Aucun refroidissement ne fabrique un virus : sans contamination préalable, on peut sortir trempé sans rien attraper.
  • Mais le froid resserre les vaisseaux du nez, ralentit le tapis de cils qui évacue les intrus et refroidit la muqueuse — trois conditions qui facilitent l'installation d'un virus déjà présent.
  • Le conseil tient donc en hiver, quand les virus circulent. Il ne tient pas en juillet.

Ce qui se passe vraiment

Un rhume, c’est un virus. Sans virus, pas de rhume, et aucune température ne le fabriquera : on peut passer une heure sous la pluie glacée en pleine montagne, seul, et ne rien attraper du tout. Sur ce point, la médecine est catégorique depuis longtemps, et la formule « attraper froid » est trompeuse.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et c’est ce qui rend cette croyance intéressante.

Quand la tête et le cou se refroidissent, les vaisseaux de la muqueuse nasale se contractent. Trois conséquences, toutes défavorables : le nez est moins irrigué, donc les cellules immunitaires y arrivent plus lentement ; le tapis de cils qui balaie en permanence le mucus vers la gorge ralentit, donc un virus inhalé reste plus longtemps au contact ; et la muqueuse plus froide est, pour plusieurs virus respiratoires, un terrain plus favorable à la réplication.

Autrement dit : le froid ne vous donne pas le rhume, il abaisse la garde au moment où le virus se présente. Si le virus n’est pas là, il ne se passe rien. S’il est là — et en février, dans un bus, il est là — le refroidissement joue en sa faveur.

D’où ça vient

De la seule chose qu’on pouvait observer sans microscope : la coïncidence. Les rhumes arrivent l’hiver, on a froid l’hiver, donc le froid donne le rhume. Le raisonnement est vieux comme la médecine, et la langue en a gardé la trace jusque dans son vocabulaire — « refroidissement », « coup de froid », cold en anglais.

La croyance a été renforcée par la théorie des humeurs, qui voyait dans le froid et l’humidité les deux qualités produisant les « fluxions » et les catarrhes. Sortir mouillé cumulait les deux : c’était, dans cette grille, la faute parfaite.

Ce qu’il faut en garder

Beaucoup, en réalité. Séchez-vous les cheveux avant de sortir en hiver : le geste est gratuit, il supprime un refroidissement inutile de la tête et du cou, et il tombe précisément sur le mécanisme décrit plus haut.

Mais ne comptez pas dessus comme sur un vaccin. Ce qui protège vraiment d’un rhume, ce sont les mains lavées, les pièces aérées et le fait de ne pas se frotter les yeux après avoir tenu une rampe de métro. Le sèche-cheveux joue en dernière ligne.

Et en été, la phrase ne veut plus rien dire : sans virus qui circule, les cheveux mouillés ne font que rafraîchir.

Voir aussi : les 80 % de chaleur perdus par la tête et aérer dix minutes même en hiver.

Questions fréquentes

Pourquoi attrape-t-on plus de rhumes en hiver, alors ?

Plusieurs causes se cumulent : on vit enfermés et les uns sur les autres, l'air sec des intérieurs chauffés fragilise les muqueuses, la lumière manque, et certains virus survivent mieux à basse température et faible humidité. Le froid joue un rôle, mais pas celui d'une cause directe.

Se sécher les cheveux change-t-il vraiment quelque chose ?

Sur la sensation, immédiatement : l'eau qui s'évapore refroidit la tête bien plus vite que l'air seul. Sur le risque d'infection, l'effet existe mais reste modeste. Ce n'est pas une précaution inutile, c'est une précaution surestimée.

Sources et méthode

  • Physiologie de la muqueuse nasale : la vasoconstriction induite par le froid réduit la clairance mucociliaire et l'afflux de cellules immunitaires.
  • Travaux sur la saisonnalité des infections respiratoires : rôle combiné de la promiscuité hivernale, de l'humidité relative et de la stabilité des virus à basse température.