En bref

  • L'air intérieur d'un logement est régulièrement plus chargé en polluants que l'air extérieur : composés organiques volatils, humidité, gaz carbonique, particules de cuisson.
  • Une aération courte et franche renouvelle l'air sans refroidir les murs et les meubles, qui portent l'essentiel de l'inertie thermique. Elle coûte très peu de chauffage.
  • C'est aussi le premier remède contre l'humidité et les moisissures, qui viennent presque toujours d'un défaut de renouvellement d'air.

Ce qui se passe vraiment

Ce conseil est tellement juste qu’il mérite d’être répété plus souvent qu’il ne l’est.

Un logement fermé accumule. De l’humidité, d’abord : la respiration, la cuisine, la douche et le séchage du linge produisent plusieurs litres de vapeur d’eau par jour dans un foyer ordinaire. Du gaz carbonique, qui monte vite dans une chambre occupée et dégrade la qualité du sommeil. Des composés organiques volatils, émis en continu par les peintures, les colles, les panneaux de particules, les produits d’entretien et les bougies parfumées. Des particules fines, produites par la cuisson — une poêle qui fume en émet des quantités considérables. Les mesures de qualité de l’air intérieur trouvent régulièrement des concentrations supérieures à celles de l’air extérieur, y compris en ville.

L’objection du chauffage, elle, repose sur une erreur de physique. Ce qui garde une pièce chaude, ce n’est pas son air : c’est l’inertie des murs, du sol et des meubles. L’air a une capacité thermique dérisoire en comparaison ; le renouveler entièrement coûte très peu d’énergie, à condition que ce soit rapide. Ouvrir grand dix minutes, c’est changer l’air sans laisser le temps aux parois de se refroidir. Laisser une fenêtre entrebâillée toute la journée, en revanche, refroidit lentement les murs — et ça, c’est cher.

Cerise : l’air froid est sec. Une fois réchauffé, il est plus confortable et plus sain qu’un air tiède saturé d’humidité. Le logement chauffe même plus vite.

D’où ça vient

De l’hygiénisme du XIXe siècle, qui a fait de l’air confiné un ennemi de santé publique — à juste titre, dans des logements surpeuplés où la tuberculose circulait. La consigne d’ouvrir les fenêtres chaque matin est entrée dans les manuels d’école, dans les règlements d’hôpitaux, dans les habitudes de toute une société.

Le paradoxe est qu’elle s’est perdue au moment où elle devenait la plus utile. L’isolation thermique des bâtiments, généralisée depuis les années 1970, a rendu les logements bien plus étanches : les défauts d’étanchéité qui assuraient autrefois un renouvellement d’air involontaire ont disparu. C’est exactement à ce moment que les problèmes d’humidité, de moisissures et de qualité de l’air intérieur se sont multipliés.

Ce qu’il faut en garder

La consigne, intégralement, et deux précisions qui la rendent meilleure.

Court et franc plutôt que long et entrouvert : cinq à dix minutes en grand, une à deux fois par jour. Coupez les radiateurs le temps de l’aération, sinon les robinets thermostatiques s’affolent.

En courant d’air, si vous le pouvez : deux ouvertures opposées renouvellent l’air en deux à trois minutes, contre un quart d’heure pour une seule fenêtre.

Et les moments qui comptent : après la douche, après la cuisine, et le matin dans les chambres. Ne bouchez jamais les grilles de ventilation, même si elles sifflent : c’est le poumon du logement.

Voir aussi : les plantes dans la chambre et le linge qui sèche dedans.

Questions fréquentes

Aérer en hiver ne fait-il pas exploser la facture de chauffage ?

Non, si l'aération est courte. Ce qui coûte cher, c'est de réchauffer les masses — murs, sols, meubles — et dix minutes ne les refroidissent pas. Un air froid mais sec se réchauffe d'ailleurs plus vite qu'un air tiède et humide : on y gagne souvent en confort.

Faut-il aérer même avec une VMC ?

La VMC assure un renouvellement de fond, ce qui est déjà beaucoup. Mais elle est souvent sous-dimensionnée, encrassée ou entravée par des grilles obstruées. Une aération manuelle quotidienne reste utile, surtout après la douche et la cuisine.

Sources et méthode

  • Travaux de l'observatoire de la qualité de l'air intérieur : concentrations en composés organiques volatils fréquemment supérieures à l'intérieur des logements qu'à l'extérieur.
  • Physique du bâtiment : l'inertie thermique d'un logement est portée par les parois et le mobilier, non par le volume d'air, qui se renouvelle sans perte significative.