En bref

  • Les plantes respirent la nuit, c'est exact : elles consomment de l'oxygène et rejettent du gaz carbonique. Mais les quantités sont dérisoires.
  • Un ficus de salon consomme en une nuit ce qu'un être humain consomme en quelques minutes. Le dormeur lui-même pèse infiniment plus lourd dans le bilan de la pièce.
  • Le vrai sujet d'une chambre fermée, c'est le renouvellement de l'air — donc l'aération, pas le nombre de pots.

Ce qui se passe vraiment

La prémisse est juste. Les plantes ne font pas que photosynthétiser : elles respirent en permanence, jour et nuit, consommant de l’oxygène et rejetant du gaz carbonique. Le jour, la photosynthèse domine largement et le bilan est positif. La nuit, sans lumière, il ne reste que la respiration : la plante consomme.

Tout est dans les ordres de grandeur.

Un adulte au repos consomme environ 15 à 20 litres d’oxygène par heure. Une plante d’appartement de taille courante — un ficus, un monstera bien développé — en consomme quelques dizaines de millilitres dans le même temps. Le rapport est de l’ordre de un pour plusieurs centaines. Autrement dit : pour que les plantes d’une chambre égalent la consommation du dormeur, il faudrait en installer plusieurs centaines, et il n’y aurait plus de place pour le lit.

Et dans une chambre normale, même fermée, l’air se renouvelle : sous la porte, par les défauts d’étanchéité, par la ventilation. Le paramètre qui compte est ce renouvellement, pas la végétation.

D’où ça vient

D’une pédagogie mal atterrie. Quand l’enseignement a popularisé la photosynthèse, il a insisté sur la formule « les plantes rejettent l’oxygène le jour et le consomment la nuit » — exacte, mais sans échelle. Une phrase vraie sans ordre de grandeur devient une phrase fausse dès qu’on l’applique.

Elle est tombée sur un terrain préparé. L’hygiénisme du XIXe siècle, très attentif à la qualité de l’air des chambres — c’était l’époque de la tuberculose et des théories des miasmes —, avait installé toute une série de règles sur ce qui devait ou non passer la nuit dans une pièce où l’on dort. Les hôpitaux sortaient d’ailleurs réellement les fleurs des chambres le soir, mais pour des raisons d’hygiène et d’allergie, pas d’asphyxie. Le geste a été vu, l’explication a été reconstruite.

Ce qu’il faut en garder

Rien sur les plantes : gardez-les, elles ne vous étoufferont pas.

Le grain de vérité est ailleurs, et il vaut la peine : une chambre fermée où dort quelqu’un voit sa teneur en gaz carbonique monter nettement pendant la nuit — pas à des niveaux dangereux, mais assez pour dégrader la qualité du sommeil et donner l’impression de mal se réveiller. Le remède n’est pas de sortir les pots : c’est d’aérer franchement le matin et le soir, et de ne pas obstruer la grille de ventilation.

Une réserve tout de même, pour les personnes allergiques : un terreau constamment humide développe des moisissures, et celles-là gênent vraiment la nuit. Laissez sécher la surface entre deux arrosages, et préférez un cache-pot qui ne garde pas l’eau.

Voir aussi : aérer dix minutes même en hiver.

Questions fréquentes

Les plantes dépolluent-elles l'air intérieur ?

Beaucoup moins qu'annoncé. Les expériences souvent citées ont été menées en caissons étanches, dans des conditions sans rapport avec une pièce réelle : il faudrait des dizaines de plantes par mètre carré pour un effet mesurable. Aérer reste mille fois plus efficace.

Y a-t-il de vraies raisons d'éviter une plante dans la chambre ?

Oui, mais elles n'ont rien à voir avec l'oxygène : les moisissures du terreau trop arrosé, qui gênent les personnes allergiques, et le pollen de certaines espèces fleuries. Le problème est le substrat, pas la respiration.

Sources et méthode

  • Physiologie végétale : la respiration nocturne d'une plante d'appartement se compte en dizaines de millilitres d'oxygène par heure, contre environ 15 à 20 litres par heure pour un adulte au repos.
  • Analyses critiques des expériences de dépollution végétale en caisson, dont les taux de renouvellement d'air ne sont pas transposables à un logement.