En bref
- Le cola contient de l'acide phosphorique, un vrai détartrant — mais très dilué, et son pH tourne autour de 2,5, soit à peu près celui du vinaigre blanc.
- Il traîne en plus une dizaine de grammes de sucre par verre, qui laissent un film collant : on nettoie et on nourrit en même temps.
- Le vinaigre blanc chaud fait strictement mieux, pour dix fois moins cher. Le bon geste reste l'acide laissé à agir plusieurs heures.
Ce qui se passe vraiment
Il y a un fond de vrai, et il tient à un ingrédient : l’acide phosphorique, qui donne au cola son acidité et une partie de son goût. C’est un acide sérieux, utilisé industriellement pour dérouiller et passiver les surfaces métalliques.
Sauf qu’à la concentration d’une boisson, il agit comme n’importe quel acide alimentaire dilué. Le pH d’un cola tourne autour de 2,5 : c’est à peu près celui du vinaigre blanc, et nettement moins agressif qu’un détartrant ménager. Sur du tartre installé, il faut des heures de contact pour un résultat partiel.
Et il arrive avec un handicap que le vinaigre n’a pas : une dizaine de grammes de sucre par verre, plus des colorants caramel. Le sucre ne part pas tout seul : il laisse un film collant qui retient la poussière et nourrit ce qui pousse dans une cuvette. On nettoie d’une main, on ensemence de l’autre. Un cola sans sucre évite ce défaut, mais reste plus cher et moins efficace qu’un fond de bouteille de vinaigre.
D’où ça vient
D’un folklore anti-soda extraordinairement tenace, qui remonte au moins aux années 1950 et qui a connu une seconde jeunesse avec les courriels en chaîne puis les réseaux sociaux. La liste circule toujours à peu près telle quelle : le cola dissout un clou, décape un pare-chocs, nettoie un moteur, détartre les WC, remplace le désherbant.
Le ressort est parlant. Ces affirmations ne visent pas vraiment à donner une astuce de ménage : elles servent à dire quelque chose sur la boisson — « regardez ce que ça fait à un clou, imaginez dans votre estomac ». C’est un argument moral déguisé en truc pratique. Et il fonctionne d’autant mieux que chacun peut faire l’expérience chez lui, obtenir un résultat vaguement positif, et conclure.
L’ironie, c’est qu’un jus de citron ou un vinaigre ferait la même démonstration sur le clou, sans que personne y voie une raison de s’en méfier.
Ce qu’il faut en garder
L’idée juste : le tartre se combat avec un acide laissé à agir longtemps. Pas en frottant, pas en versant et tirant la chasse dans la foulée.
La bonne méthode : videz l’eau du fond de la cuvette avec la brosse ou une raclette, versez un demi-litre de vinaigre blanc chaud — il agit nettement mieux tiède —, laissez agir toute la nuit, frottez au matin. Pour un tartre ancien, imbibez du papier absorbant de vinaigre et plaquez-le contre les parois : c’est le contact prolongé qui fait le travail.
Gardez le cola pour le boire, et le vinaigre pour la cuvette. Voir le vinaigre blanc pour ce qu’il sait faire et ce qu’il ne sait pas faire — et surtout javel et vinaigre avant de mélanger quoi que ce soit dans des toilettes.
Questions fréquentes
Le Coca dissout-il vraiment un clou ?
Un clou rouillé finit par perdre sa rouille dans un cola, ce qui est un effet réel de l'acide phosphorique, employé industriellement comme dérouillant. Mais le clou lui-même ne se dissout pas : la démonstration circule avec des délais fantaisistes et des résultats invérifiables.
Faut-il en conclure que c'est dangereux à boire ?
L'acidité d'un cola est comparable à celle d'un jus d'orange ou d'un vinaigre de table, tous parfaitement buvables. Le vrai reproche nutritionnel qu'on peut lui faire est ailleurs : le sucre, pas l'acide.
Sources et méthode
- Composition des boissons au cola : acide phosphorique comme acidifiant, pH généralement compris entre 2,4 et 2,8.
- Usage industriel de l'acide phosphorique comme dérouillant et passivant de surfaces ferreuses, à des concentrations sans commune mesure avec celles d'une boisson.