En bref

  • Des poissons rouges entraînés retrouvent un parcours ou un signal des mois plus tard : la mémoire se compte en mois, pas en secondes.
  • Plusieurs espèces de poissons distinguent des visages humains, apprennent à éviter un piège et anticipent l'heure de distribution de la nourriture.
  • La croyance n'est pas innocente : elle a servi de justification morale au bocal, qui est un très mauvais logement pour un animal qui vit vingt ans et atteint vingt centimètres.

Ce qui se passe vraiment

Le poisson rouge est, de ce point de vue, l’animal le plus injustement traité de la maison.

Les expériences d’apprentissage menées sur Carassius auratus donnent des résultats sans ambiguïté. Un poisson rouge entraîné à pousser un levier, à franchir un labyrinthe ou à répondre à un signal sonore associé à la nourriture conserve cet apprentissage plusieurs mois après la fin de l’entraînement. Il apprend à éviter un dispositif qui l’a piégé une fois. Il apprend l’heure de la distribution et vient se poster à l’avance au bon endroit du bassin. Certains dispositifs expérimentaux lui ont même fait distinguer des formes et des couleurs associées à des récompenses différentes.

Plus largement, la recherche des vingt dernières années sur la cognition des poissons a démonté l’idée qu’ils seraient de simples automates : certaines espèces reconnaissent des visages humains individuels, d’autres utilisent des outils, d’autres coopèrent à la chasse entre espèces différentes.

Quant aux « trois secondes » : aucune publication, aucune expérience, aucune source. Le chiffre flotte dans la culture populaire depuis le milieu du XXe siècle, sans origine identifiable — le signe distinctif d’une légende.

D’où ça vient

De ce qu’elle rendait service.

Cette phrase a une fonction très claire : elle autorise le bocal. Si l’animal oublie tout au bout de trois secondes, il redécouvre son univers en permanence, il ne s’ennuie pas, il ne souffre pas de l’exiguïté, et le petit récipient rond posé sur le buffet devient acceptable. La croyance n’explique pas le poisson : elle disculpe le propriétaire.

Elle a été aidée par l’apparence de l’animal — pas d’expression faciale, pas de vocalisation, pas de mouvement qu’on sache interpréter — et par une hiérarchie mentale très ancienne qui place les poissons tout en bas du vivant, à peine au-dessus des plantes.

Le paradoxe, c’est qu’un poisson rouge correctement logé vit vingt à trente ans et atteint une quinzaine à une vingtaine de centimètres. Le record documenté dépasse quarante ans. L’animal qu’on prenait pour un jouet éphémère est l’un des plus durables qu’on puisse accueillir.

Ce qu’il faut en garder

Rien de la légende, beaucoup de sa conséquence pratique.

Un poisson rouge n’est pas un poisson de bocal. Il lui faut un volume réel — on compte en dizaines de litres, pas en litres —, une filtration parce qu’il produit énormément de déchets, et une eau qui ne monte pas trop en température. Il vit très bien en bassin extérieur sous nos climats, y compris l’hiver.

Et si vous en offrez un à un enfant : dites-lui que l’animal le reconnaîtra, se souviendra de l’heure du repas, et sera peut-être encore là quand il aura passé le bac.

Voir aussi : l’autruche et sa tête dans le sable et la chauve-souris aveugle.

Questions fréquentes

Le bocal rond est-il vraiment si mauvais ?

Oui, sur trois plans : faible surface d'échange avec l'air, donc peu d'oxygène ; volume trop petit pour diluer les déjections, très abondantes chez cette espèce ; et pas de place pour nager. Un poisson rouge adulte mesure une quinzaine à une vingtaine de centimètres et vit plusieurs décennies.

D'où vient ce chiffre de trois secondes ?

De nulle part de vérifiable. Aucune publication ne l'établit, aucune expérience ne le soutient. Il circule dans la culture populaire depuis le milieu du XXᵉ siècle sans source identifiable, ce qui est le signe distinctif d'une légende.

Sources et méthode

  • Travaux d'apprentissage chez Carassius auratus : rétention d'un conditionnement pendant plusieurs mois, apprentissage de labyrinthes et de créneaux horaires de nourrissage.
  • Newport et al., travaux sur la discrimination de visages humains chez le poisson-archer, démontrant des capacités de reconnaissance visuelle fine chez les poissons.