En bref

  • L'efficacité ne vient pas de l'encre mais du papier : une fibre courte, dense et non traitée, qui absorbe sans déposer de peluches.
  • Le journal moderne est imprimé à l'encre végétale sur des papiers plus tendres : il marque parfois les menuiseries en PVC et se délite plus vite.
  • Une raclette de vitrier et un chiffon microfibre font aujourd'hui mieux, plus vite et sans encre sur les doigts.

Ce qui se passe vraiment

Le geste fonctionne : des générations de vitres impeccables en témoignent. C’est l’explication qui se trompe de coupable.

On attribue généralement le résultat à l’encre, qui viendrait lustrer le verre. Rien ne soutient cette idée : l’encre d’imprimerie n’a pas de propriété polissante, et une vitre essuyée au journal n’est pas plus lisse qu’une autre.

Le mérite revient au papier lui-même. Le papier de presse est fait de fibres courtes, faiblement encollées, sans additif d’assouplissement ni traitement de surface. Résultat : à sec, il absorbe bien et il ne peluche pas — contrairement à l’essuie-tout, dont les fibres se détachent et se voient immédiatement sur une vitre. Il est en outre assez rigide pour être plié en tampon ferme, ce qui permet d’appuyer et de chasser les dernières gouttes.

Autrement dit, le journal n’ajoute rien : il évite d’ajouter quelque chose. C’est déjà beaucoup, parce que 90 % des traces sur une vitre viennent de ce qu’on y laisse — peluches, film savonneux, produit mal rincé.

D’où ça vient

D’une abondance disparue. Pendant tout le XXe siècle, le journal était la seule ressource gratuite et illimitée de la maison : on y emballait le poisson, on en tapissait les tiroirs, on en bourrait les chaussures mouillées, on en allumait le feu, et on en essuyait les vitres. Le papier essuie-tout n’existait pas dans les foyers français avant les années 1960, la microfibre pas avant les années 1990.

Le journal a donc été le meilleur outil disponible pendant très longtemps, et il l’a été par défaut. Comme souvent, l’usage a précédé l’explication, et l’explication a été inventée après coup — l’encre fait un récit plus satisfaisant que la longueur des fibres.

Ce qu’il faut en garder

La méthode, plus que l’outil.

La règle des vitriers tient en trois points : très peu de produit — une goutte de liquide vaisselle dans un seau d’eau suffit, le produit à vitres du commerce est presque toujours surdosé —, beaucoup d’eau pour bien rincer, et jamais en plein soleil, qui sèche la vitre avant qu’on ait fini de l’essuyer et fixe les traces.

Pour l’essuyage, une raclette de vitrier passée du haut vers le bas, essuyée à chaque passage, bat tout le reste. À défaut, une microfibre sèche, propre et sans adoucissant — l’adoucissant dépose un film gras qui fait précisément ce qu’on cherche à éviter.

Et si vous tenez au journal : sachez que celui d’aujourd’hui n’est plus tout à fait le même. Les encres végétales tiennent moins bien, elles noircissent les doigts et marquent parfois les menuiseries en PVC blanc. Essuyez le cadre après.

Voir aussi : le vinaigre blanc.

Questions fréquentes

L'encre fait-elle vraiment briller le verre ?

C'est la version la plus répandue de la croyance, et elle ne tient pas : l'encre d'imprimerie n'a aucun pouvoir lustrant sur le verre. Ce qu'on prend pour de la brillance est simplement l'absence de peluches et de film savonneux.

Quelle est la vraie cause des traces sur une vitre ?

Presque toujours un excès de produit mal rincé, un chiffon qui peluche, ou un séchage trop rapide au soleil. D'où la règle de vitrier : peu de produit, beaucoup d'eau, et jamais en plein soleil.

Sources et méthode

  • Composition des papiers de presse : fibres courtes de pâte mécanique, faiblement encollées, peu pelucheuses à sec.
  • Évolution des encres d'imprimerie de presse : passage majoritaire aux encres à base végétale depuis les années 1990, moins fixantes.