En bref
- Pencher la tête en arrière ne stoppe rien : le sang continue de couler, mais vers l'arrière-gorge. On l'avale, ce qui provoque nausées et vomissements.
- C'est aussi dangereux parce qu'on ne voit plus l'hémorragie : on croit qu'elle s'est arrêtée alors qu'elle continue.
- Le bon geste : assis, tête penchée en avant, pincer fermement la partie molle du nez pendant dix minutes sans relâcher.
C'est le geste inverse du bon geste. Penchez la tête en avant, pas en arrière, et comprimez le nez pendant dix minutes sans relâcher.
Ce qui se passe vraiment
La grande majorité des saignements de nez viennent d’une petite zone très vascularisée située juste à l’entrée de la narine, sur la cloison : la tache vasculaire. Elle est fragile, superficielle, et facilement irritée par l’air sec, un rhume, un doigt ou un éternuement.
Pencher la tête en arrière ne fait rien contre ce saignement. Le vaisseau continue de saigner exactement au même débit : on a simplement changé la direction dans laquelle le sang s’écoule. Au lieu de sortir par la narine, il coule en arrière, dans le pharynx. Trois conséquences, toutes mauvaises :
On avale le sang. Il est très irritant pour l’estomac : nausées, puis souvent vomissements — parfois impressionnants, de sang noirci, ce qui affole tout le monde.
On ne voit plus rien. Comme plus rien ne sort du nez, on croit que le saignement s’est arrêté. Il continue, et on ne peut pas juger de son abondance. Chez une personne fragile, cela retarde la prise en charge.
On risque la fausse route. Chez un enfant qui pleure, un nourrisson ou une personne inconsciente, du sang dans l’arrière-gorge peut passer dans les voies respiratoires.
D’où ça vient
De la logique du récipient, et elle est irrésistible : si ça coule, on penche dans l’autre sens. C’est ce qu’on fait avec un verre, une casserole, un seau. Le geste est immédiat, intuitif, et tout le monde l’a vu faire.
Il est renforcé par un souci de propreté : du sang qui coule sur les vêtements, le tapis ou le carrelage, c’est salissant et spectaculaire. Pencher en arrière fait disparaître le problème visible — ce qui est précisément le reproche qu’on peut lui faire.
Et il a été transmis avec autorité pendant des décennies, y compris dans des manuels scolaires et des livres de puériculture, ce qui explique sa persistance. Beaucoup de gens qui savent aujourd’hui qu’il ne faut pas le faire l’ont appris comme le bon geste.
Ce qu’il faut en garder
Rien du geste, tout de l’intention. Voici la séquence correcte :
- Asseoir la personne, calmement ; ne pas l’allonger.
- Pencher la tête en avant, pour que le sang s’écoule au-dehors.
- Moucher une fois doucement, pour évacuer les caillots qui empêchent le vaisseau de se fermer.
- Pincer fermement la partie molle du nez — pas l’os, la partie souple juste au-dessus des narines — entre le pouce et l’index.
- Tenir dix minutes, montre en main, sans relâcher pour vérifier. C’est le point le plus souvent raté : chaque vérification casse le caillot en formation.
On peut y ajouter du froid sur la racine du nez ou la nuque ; c’est un appoint, pas l’essentiel.
Si ça saigne encore après une seconde série de dix minutes, si le saignement est abondant, s’il suit un choc important, ou si la personne prend un anticoagulant : consultation.
Voir aussi : la pièce sur une bosse.
Questions fréquentes
Pendant combien de temps faut-il comprimer ?
Dix minutes d'affilée, montre en main, sans relâcher pour vérifier — chaque coup d'œil interrompt le caillot en train de se former. Si ça saigne encore après dix minutes, on recommence une fois. Si ça saigne toujours après vingt minutes, on consulte.
Quand faut-il consulter en urgence ?
Saignement qui dure plus de vingt minutes malgré une compression correcte, saignement très abondant, après un traumatisme important, chez une personne sous anticoagulant, ou avec malaise et pâleur. Chez le nourrisson, tout saignement de nez mérite un avis.
Sources et méthode
- Recommandations de prise en charge de l'épistaxis : position assise, tête penchée en avant, compression bidigitale de la pyramide nasale pendant au moins dix minutes.
- Anatomie : la tache vasculaire (zone de Kiesselbach), située à la partie antérieure de la cloison, est à l'origine de la grande majorité des saignements de nez.